Les origines mythiques de la Toussaint

Le 1er novembre et le 2 novembre sont respectivement la Toussaint et la commémoration des défunts. Il faut, d’emblée, noter que la fixation des dates de ces deux fêtes n’est pas la conséquence d’événements miraculeux : elles ont été fixées artificiellement et stratégiquement.

La Toussaint, c’est-à-dire la fête de tous les saints, est née en 737 sous l’impulsion du Pape Grégoire III lorsqu’il dédicaça une chapelle de l’église Saint-Pierre-de-Rome à tous les saints qui ne pouvaient être fêtés durant l’année. Un siècle plus tard, Louis le Pieux, sous les conseils du Pape Grégoire IV instituera cette fête au 1er novembre sur l’ensemble de l’empire carolingien.

La commémoration des défunts (ou « la Commémoration de tous les fidèles Défunts » ou encore « le Jour des Morts »), fêtée au 2 novembre, n’aura, quant à elle, été fixée qu’en 998 par Odilon de Mercœur, quatrième abbé de l’ordre clunisien.

Notons bien que ces dates n’ont pas été fixées par hasard. Bien au contraire, elles ont été choisies afin de répondre à la volonté affichée de l’Eglise de mener un processus d’évangélisation doux, progressif et syncrétique. Cette manière d’assimilation est une aubaine pour nous, car elle a permis à un ensemble de croyances, de mythes, de rites issus d’un paganisme encore vivace au VIIème siècle, de survivre, de se conserver et de se perpétuer sous une patine, un vernis chrétien involontairement protecteur.

Albrecht Dürer, Saint Eustache, vers 1501.
Albrecht Dürer, Saint Eustache, vers 1501.

En outre, nous insistons sur le fait que la stratégie évangélisatrice est tant valable pour l’espace de culte que pour le temps. Aussi, tout comme on a modifié la destination des lieux de culte païens en conservant les temples mais en en remplaçant ou en en agrégeant les idoles, par exemple, on a modifié la destination des dates. Les fêtes de la Toussaint et du Jour des Morts ne font pas exception et entre à plein dans ce syncrétisme stratégique. Autrement dit, il y a des croyances et des rituels calendaires plus anciens cachés sous ces deux fêtes.

Ainsi, à nous de retrouver sous la patine chrétienne, sous le résultat de ce syncrétisme stratégique, le fonds mythique originel qui est, en définitive, la source et le sens des deux fêtes qui nous occupent ici. Pour ce faire, il s’agit de cheminer parmi certains artéfacts de notre culture (la littérature, l’hagiographie, etc.) qui renferment, pour peu qu’on sache les aborder, de très nombreuses et importantes traces d’un folklore ancien, fondateur de nos attitudes modernes. Et l’on verra que ce folklore étonnant fait la part belle à un personnage très particulier… et tout poilu !

 


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